« Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ?»
(Is 43, 19)
Édito février
Le mois de février nous conduit à un moment particulier de l’année.
L’hiver est encore bien présent, avec ses jours courts et son froid persistant, et pourtant déjà se profile le temps du Carême, ce chemin intérieur qui nous mènera vers la lumière de Pâques.
L’hiver a quelque chose à nous dire. La nature semble immobile, les arbres sont dépouillés, la terre paraît stérile. Et pourtant, en silence, la vie se prépare.
Sous la surface, les racines travaillent, la sève monte lentement. Rien n’est perdu, rien n’est inutile. Il en va souvent ainsi de notre vie spirituelle. Il y a des saisons où nous ne voyons pas de fruits, où la prière semble plus aride, où la fatigue, les épreuves, pèsent. Mais Dieu agit aussi dans ces temps cachés.
Le Carême qui commence nous invite à entrer volontairement dans ce dépouillement, non par tristesse ou par contrainte, mais pour faire de la place. Faire de la place à Dieu. Faire de la place aux autres. Faire de la place à ce qui compte vraiment. Le jeûne, la prière et le partage ne sont pas des performances à accomplir, mais des chemins de liberté : liberté à l’égard de ce qui nous encombre, liberté pour être davantage présents. En ce milieu de l’hiver, je vous invite à ne pas fuir ce qui est fragile ou pauvre en vous. Le Christ ne nous rejoint pas d’abord dans nos réussites, mais dans nos manques. C’est là qu’il se fait proche, là qu’il nous relève.Le Carême est un temps pour nous laisser regarder avec miséricorde.
Que ce mois de février soit pour notre paroisse un temps de fidélité humble : fidélité à la prière, même simple ; fidélité à la charité concrète, même discrète ; fidélité à l’espérance, même lorsque tout semble lent ou figé. La lumière de Pâques est déjà à l’œuvre, souvent là où nous ne l’attendons pas.
Je vous confie tous au Seigneur et vous assure de ma prière fraternelle. Que l’Esprit Saint nous guide sur ce chemin intérieur, afin que, renouvelés, nous puissions accueillir la joie de la Résurrection.
Fraternellement dans le Christ,
Abbé Pascal
Des rites pour la vie
C’est le titre du dernier livre de Gabriel RINGLET paru chez Albin Michel.
Prêtre et écrivain, membre de l’Académie royale de Belgique, il a été professeur et vice-recteur à l’université catholique de Louvain.
Ministre du culte catholique,
G. Ringlet se nomme volontiers « Libre penseur ».
Loin de l’Église mais pas hors d’elle, l’auteur à travers une vingtaine d’ouvrages ne cesse de questionner nos pratiques et de se demander, les formes de vie changeant rapidement, pourquoi notamment la démarche sacramentelle devrait-elle restée immuable ?
On peut ne pas être d’accord avec ses positions, il n’en reste pas moins que ses livres – qui se dévorent – touchent au cœur du lecteur.
Dans son dernier ouvrage, il se propose de réenchanter les rites. Dans une première partie, il « célèbre » tous les passages de l’existence, les douleurs comme les joies à travers des histoires vécues. Il accueille aussi bien une dame âgée de 104 ans dont les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ne comprennent rien à la messe, une petite fille, à présent infirmière aux soins palliatifs, abusée par son grand-oncle, un grand-père très âgé qui avait détruit sa famille par ses comportements pédocriminels envers plusieurs de ses petits-enfants, un paraplégique qui se trouve en soins palliatifs à domicile, un jeune couple, elle est violoniste lui architecte franc-maçon, ils veulent « célébrer » leur union, les parents de Clément, effondrés, viennent de perdre leur petit garçon de dix-huit mois qui souhaitent une « parole spirituelle qui respecte leur incroyance », une voisine d’un vieil homme sans famille qui avait laissé entendre que, pour ses funérailles, il aimerait une messe, l’infirmière d’une vielle dame qui aurait voulu interrompre un acharnement thérapeutique insupportable dont la famille ne voulait pas entendre parler …
La seconde partie du livre entend réenchanter la liturgie de Noël, du mercredi des cendres, du jeudi saint, du vendredi saint et même le grand silence du samedi saint !
Dans le prochain numéro, nous préciserons que les entretiens individuels vont bien plus loin qu’une pensée amicale, pédagogique, psychologique et que la célébration des grandes fêtes n’est pas une question d’animation.
Dans le prochain numéro de Signes de Vie nous reviendrons sur cet ouvrage.
C. Razée.